Par-delà la mascu­li­nité

Un virage cultu­rel vers un ordre gyno­cen­trique? Selon les dires de Paul Nathan­son, profes­seur de l’Uni­ver­sité McGill, c’est bien ce qui semble être en train de se produire. Cet ordre, main­tient le confé­ren­cier, est le projet de société de « fémi­nistes idéo­lo­giques » qui privi­lé­gient l’iden­tité et le pouvoir fémi­nin en « déshu­ma­ni­sant » les hommes.

Ainsi, peu seront surpris d’ap­prendre que sa confé­rence au pavillon Hame­lin au sujet de la misan­drie ait été accueillie autant par des mascu­li­nistes que par des mani­fes­tants et des poli­ciers.

Le mythe de la misan­drie

Commençons avec une clari­fi­ca­tion impor­tante : le concept même de la misan­drie est tiré par les cheveux. Contrai­re­ment à la miso­gy­nie – un concept que Nathan­son prend tout de même au sérieux – il n’y a aucune évidence d’une hosti­lité systé­mique, insti­tu­tion­na­li­sée et légi­fé­rée envers les hommes.

Certes, il y a des enjeux qui affectent parti­cu­liè­re­ment les hommes. Toute­fois, ces enjeux peuvent être expliqués en fonc­tion d’autres formes de discri­mi­na­tion : le racisme, l’ho­mo­pho­bie, le clas­sisme et le sexisme tel qu’il existe vrai­ment – la miso­gy­nie. Par exemple, si le sans-abrisme, l’abus de substance et le suicide affectent parti­cu­liè­re­ment les hommes, ce n’est pas parce que la société ne les valo­rise pas. Au contraire, c’est que la société déva­lo­rise les compor­te­ments qu’elle juge fémi­nins : parler de ses problèmes, deman­der de l’aide, pleu­rer, etc. Ainsi, ce n’est que lorsqu’un homme dévie de l’idéal mascu­lin qu’il est suscep­tible d’être margi­na­lisé. La solu­tion ne serait donc pas – comme l’a suggéré Nathan­son – de renfor­cer l’iden­tité mascu­line, mais plutôt remettre en cause cette glori­fi­ca­tion de la viri­lité.

Une iden­tité mascu­line « saine »?

L’ar­gu­ment de Nathan­son est que le fémi­nisme a tant boule­versé notre société au cours des dernières années qu’il n’au­rait désor­mais plus de place pour les hommes. Plus préci­sé­ment, la société contem­po­raine n’ar­rive plus à accom­mo­der une « iden­tité mascu­line » saine.

Mais alors, comment défi­nit-il l’iden­tité mascu­line saine?

Avoir une « iden­tité mascu­line fondée sur le corps mâle », raconte-t-il, c’est être en mesure d’of­frir une contri­bu­tion néces­saire, socia­le­ment valo­ri­sée, mais surtout, « distinc­tive ». La contri­bu­tion de l’homme est dite distinc­tive si et seule­ment si les femmes ne sont pas en mesure d’ac­com­plir une tâche simi­laire.

L’homme des cavernes – grâce à sa « force physique supé­rieure » – avait une iden­tité saine puisqu’il pouvait subve­nir au besoin des femmes. Ensuite, c’est par ses fonc­tions écono­miques que l’homme est parvenu à main­te­nir son iden­tité. Mais dans un monde où les femmes « n’ont plus besoin d’hommes pour subve­nir à leur besoin puisque l’État s’en charge », où est la place de l’homme?

Une iden­tité de privi­lège!

Mettons une chose au clair tout de suite. Une femme n’a besoin de personne pour subve­nir à ses besoins (ou du moins, pas plus qu’un homme a aussi besoin d’au­trui). Elle est parfai­te­ment capable de prendre soin d’elle-même.

Si l’on pense pour trois secondes à ce que raconte ce mascu­li­niste, on se rend compte que l’iden­tité qu’il décrit n’est pas fondée sur le « corps mâle » comme il le prétend naïve­ment, mais plutôt sur une struc­ture de privi­lèges. Si la femme a besoin de l’homme pour combler ses besoins, c’est qu’une société s’est érigée pour l’as­sujet­tir et main­te­nir la domi­nance mascu­line en contrô­lant les instances écono­miques et poli­tiques.

Ainsi, sa défi­ni­tion d’une « iden­tité saine » néces­site de prime abord un privi­lège mascu­lin! Et c’est préci­sé­ment ce qu’il reven­dique : un ordre social qui main­tient les femmes en condi­tion de dépen­dance afin que les hommes se sentent utiles. Les fémi­nistes sont ainsi perçu.e.s comme les enne­mies puisque, en tentant d’éga­li­ser le terrain, elles et ils s’at­taquent au privi­lège mascu­lin.

Vers une nouvelle auto-déter­mi­na­tion

La conclu­sion qu’il n’y a plus d’iden­tité possible pour les hommes puisqu’il n’y a plus de privi­lège mascu­lin est double­ment ridi­cule.

Dans un premier temps, c’est de la désin­for­ma­tion totale de prétendre qu’il n’y a plus d’avan­tages sociaux à être né avec un pénis. Au contraire, les énumé­rer de manière exhaus­tive méri­te­rait faci­le­ment un jour­nal entier. Il est impos­sible de prendre cette farce destruc­tive avec un grain de sérieux.

Ensuite, la notion qu’un homme doit néces­sai­re­ment s’iden­ti­fier en fonc­tion de la soi-disant « supé­rio­rité » de son sexe est aussi absurde qu’a­ber­rante. Outre sa culture ou sa reli­gion, en plus de sa profes­sion ou ses passe-temps, au-delà de sa person­na­lité, sa commu­nauté ou son groupe d’ami.e.s, une personne – homme ou femme – peut s’iden­ti­fier en fonc­tion de ses valeurs, des causes qu’elle tient à cœur et des diffé­rences qu’elle fait dans ce monde.

Peut-être Nathan­son trou­vera-t-il une iden­tité saine et posi­tive le jour où il aban­don­nera son complexe de supé­rio­rité mascu­line et qu’il s’iden­ti­fiera lui aussi en tant que fémi­niste.

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