uOttawa : La franÂÂcoÂÂphiÂÂlie de conveÂÂnance
En ce Mois de la franÂÂcoÂÂphoÂÂnie, permetÂÂtez-moi d’exÂÂtéÂÂrioÂÂriÂÂser une petite crotte que j’ai sur le cÅ“ur depuis octobre 2014, soit la date àlaquelle M. Allan Rock, recteur et vice-chanÂÂceÂÂlier de l’UniÂÂverÂÂsité d’OtÂÂtawa, publiait une lettre ouverte tentant de dépeindre une univerÂÂsité bilingue comme franÂÂcoÂÂphone, ou àtout le moins suffiÂÂsamÂÂment dévouée àla franÂÂcoÂÂphoÂÂnie pour justiÂÂfier la posiÂÂtion de l’UniÂÂverÂÂsité contre la créaÂÂtion d’une univerÂÂsité franco-ontaÂÂrienne. Lorsqu’on vit ici, sur le campus, on vient qu’àdouter de la sincéÂÂrité de notre instiÂÂtuÂÂtion en ce qui concerne son attaÂÂcheÂÂment àla franÂÂcoÂÂphoÂÂnie. De multiples exemples nous mènent àcroire que l’UniÂÂverÂÂsité d’OtÂÂtawa ne nourÂÂrit en fait qu’une franÂÂcoÂÂphiÂÂlie de conveÂÂnance.
Chaque matin, je passe devant un MonuÂÂment de la franÂÂcoÂÂphoÂÂnie qu’on a cadeÂÂnassé, fermé pour l’hiÂÂver. Des chaînes en bloquent l’acÂÂcès de part et d’autre, ce qui est d’une trisÂÂtesse inouïe. Il semble beauÂÂcoup moins demanÂÂdant d’être franÂÂcoÂÂphile au prinÂÂtemps, en été et en automÂÂne… Il s’agit du symbole illusÂÂtrant le plus dureÂÂment qu’en défiÂÂniÂÂtive, la loi du moindre effort prime en ce qui concerne la franÂÂcoÂÂphoÂÂnie univerÂÂsiÂÂtaire. L’UniÂÂverÂÂsité d’OtÂÂtawa se dit fière d’avoir contriÂÂbué àla hauteur de 100 000 $ pour la réaliÂÂsaÂÂtion du projet. Le chiffre est beau, rond, vendeur. Il se lit bien sur des affiches et dans des commuÂÂniqués de presse. Mais une fois les caméÂÂras éteintes, qui s’ocÂÂcupe du MonuÂÂment?
J’étuÂÂdie dans un programme franÂÂcoÂÂphone de rédacÂÂtion profesÂÂsionÂÂnelle qui peine àreteÂÂnir ses profesÂÂseurs. L’UniÂÂverÂÂsité d’OtÂÂtawa refuse de faire le nécesÂÂsaire pour garder les meilleurs éléments. On se contente de charÂÂgés de cours, de profesÂÂseurs contracÂÂtuels et àtemps partiel. Non pas qu’ils soient moins dévoués, mais on semble en appréÂÂcier outraÂÂgeuÂÂseÂÂment l’asÂÂpect largable. Le DéparÂÂteÂÂment de français ressent-il un fort engaÂÂgeÂÂment de la part de l’UniÂÂverÂÂsité d’OtÂÂtawa qui prétend au titre d’UniÂÂverÂÂsité franÂÂcoÂÂphone de l’OnÂÂtaÂÂrio? Poser la quesÂÂtion, c’est y répondre.
Je suis rattaÂÂché àune Faculté des arts qui n’est plus en vogue. On en parle avec la même sympaÂÂthie qu’on a pour l’étuÂÂdiante qui s’y est inscrite au programme de théâtre : on l’aime « quand même ». On sait qu’elle ne fera pas d’argent, qu’elle vivra toujours aux dépens de ses « grands frères » Å“uvrant dans les domaines de « l’aveÂÂnir » : la gestion et le génie. On n’en parle pas trop, mais on se demande en silence pourquoi elle s’acharne. Les locaux réserÂÂvés aux programmes de Lettres et de littéÂÂraÂÂture sont d’une désuéÂÂtude crasse. Si vous désiÂÂrez branÂÂcher votre ordiÂÂnaÂÂteur portable, prévoyez une rallonge de 5 mètres et une barre d’aliÂÂmenÂÂtaÂÂtion, quesÂÂtion de souteÂÂnir vos camaÂÂrades! Une univerÂÂsité se targuant de monoÂÂpoÂÂliÂÂser la franÂÂcoÂÂphiÂÂlie univerÂÂsiÂÂtaire en OntaÂÂrio ne devrait-elle pas offrir un des programmes d’Arts et de Lettres renouÂÂveÂÂlés? Dans une faculté offrant des espaces stimuÂÂlants et regrouÂÂpant autant de sommiÂÂtés interÂÂnaÂÂtioÂÂnales que la faculté des sciences ou de génie?
Avez-vous visité les toilettes du pavillon Simard dernièÂÂreÂÂment? Je pose la quesÂÂtion puisque lorsqu’on doit s’y rendre, on se trouve transÂÂporté vers un endroit loinÂÂtain et (idéaÂÂleÂÂment) exotique. En effet, où ailleurs que dans le sous-sol d’une auberge jeunesse de Beijing avais-je vu aupaÂÂraÂÂvant des toilettes sans siège et des cabines sans porte? CertaiÂÂneÂÂment pas dans une instiÂÂtuÂÂtion « dont l’exÂÂcelÂÂlence est reconÂÂnue mondiaÂÂleÂÂment. »[1]
M. Rock, dans votre lettre, vous avez mentionné àtoute la province que l’UniÂÂverÂÂsité d’OtÂÂtawa est l’uniÂÂverÂÂsité des franÂÂcoÂÂphones. Un jeu de mots habile, mais qui doit être contexÂÂtuaÂÂlisé. Vous souliÂÂgnez la présence de 13 000 étudiants franÂÂcoÂÂphones, mais ometÂÂtez de souliÂÂgner que ce sont là13 000 sur plus de 40 000! Peut-on réelÂÂleÂÂment parler d’une univerÂÂsité de la franÂÂcoÂÂphoÂÂnie avec au mieux 30 % d’étuÂÂdiants franÂÂcoÂÂphones?
CompreÂÂnez-moi bien, il n’y a rien de mal àêtre une univerÂÂsité bilingue! Bien au contraire, il s’agit d’une réusÂÂsite excepÂÂtionÂÂnelle àl’image des plus hautes aspiÂÂraÂÂtions du multiÂÂculÂÂtuÂÂraÂÂlisme canaÂÂdien. CepenÂÂdant, qui dit bilinÂÂguisme ne dit pas franÂÂcoÂÂphoÂÂnie. Mais c’est néanÂÂmoins l’arÂÂguÂÂmenÂÂtaire sur lequel vous vous appuyez pour vous prononÂÂcer contre la créaÂÂtion d’une univerÂÂsité franÂÂcoÂÂphone sous le prétexte que l’UniÂÂverÂÂsité d’OtÂÂtawa suffit. Cette prise de posiÂÂtion va àl’enÂÂcontre des intéÂÂrêts supéÂÂrieurs de la franÂÂcoÂÂphoÂÂnie ontaÂÂrienne et elle prouve que votre franÂÂcoÂÂphiÂÂlie est assujetÂÂtie àdes intéÂÂrêts poliÂÂtiques.
M. Rock, un vériÂÂtable franÂÂcoÂÂphile se réjouiÂÂrait de voir une nouvelle instiÂÂtuÂÂtion franÂÂcoÂÂphone naître en OntaÂÂrio! Un vériÂÂtable franÂÂcoÂÂphile veilleÂÂrait àce que la faculté des Arts de l’UniÂÂverÂÂsité d’OtÂÂtawa puisse jouir de salles de classe et des laboÂÂraÂÂtoires àla fine pointe de la techÂÂnoÂÂloÂÂgie! Un vériÂÂtable franÂÂcoÂÂphile veilleÂÂrait àce que le DéparÂÂteÂÂment de français puisse compÂÂter sur l’exÂÂperÂÂtise de profesÂÂseurs et de cherÂÂcheurs de renomÂÂmée mondiale afin de rayonÂÂner natioÂÂnaÂÂleÂÂment et interÂÂnaÂÂtioÂÂnaÂÂleÂÂment! Et finaÂÂleÂÂment, un vériÂÂtable franÂÂcoÂÂphile veilleÂÂrait àce qu’on enlève les putains de chaînes devant le MonuÂÂment de la franÂÂcoÂÂphoÂÂnie et prenÂÂdrait une pelle afin de venir m’aiÂÂder àle déblayer!
Un étudiant parmi tant d’autres,
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